Maman ...

Maman…
D’abord il y a eu la colère.
Des mains froides se sont emparées de moi et m’ont enlevé à ta chaleur.
Derrière l’aspect mécanique et fonctionnel de leurs gestes, les vaccins, la nutrition par sonde, une seule obsession.
Faire de moi un petit être vivant robuste et vaillant.
Toute mon attention est tournée vers ces hommes et ces femmes qui s’occupent de mon corps.
Mais très rapidement j’ai compris qu’ils n’étaient pas Toi. Qu’il me manquait quelque chose de chaud et de rassurant pour accompagner mes premiers pas.
Sans ta présence à mes côtés, chaque jour qui passe s’écoule de manière mécanique.
Je ne mange pas, je suis nourri.
Je ne suis pas touché, je suis manipulé.
Tel un automate, si jeune et déjà conditionné.
Le réveil, la nourriture, ce gavage quasi permanent, mes besoins naturels pas toujours nettoyés.
Peu à peu je prends conscience du monde qui m’entoure.
Je ne suis pas seul, nous sommes légions.
Une rumeur circule… Toi et les autres mamans vous n’êtes pas loin.
Votre quotidien semble aussi mécanique que le nôtre.
Dans mon corps, qui se développe très rapidement, je prends conscience de cet organe : Mon cœur.
J’ai compris qu’il me maintient en vie et qu’il provoque en moi des émotions différentes.
C’est souvent la peur qui domine.
Le bruit, la chaleur excessive, les pleurs des autres, cette lumière artificielle qui ne s’éteint jamais, tout ceci m’étreint le cœur et le fait battre à la chamade.
Alors il s’emballe et j’ai l’impression qu’il va exploser dans ma poitrine comme un ballon trop gonflé.
J’ai peur Maman, où es-tu ?
Pourquoi m’as-tu laissé avec eux ?
Les autres me parlent d’un endroit où nos corps pourraient être réchauffés par une lumière jaune et belle.
Un endroit clair où nous pourrions passer du temps, toi et moi maman.
Un endroit où l’ensemble de mes sens seraient stimulés, surtout mon odorat. Ils me disent que j’adorerai l’odeur de l’herbe fraîche du matin quand le soleil se lève.
Ici la seule odeur que mon odorat connaît c’est celle de la peur…
Je la sens chaque jour un peu plus. J’essaye de ne pas tourner la tête vers le fond, là où l’odeur est la plus forte, là où je vois disparaître les autres, les plus vieux.
Aujourd’hui c’est mon tour maman.
Ils sont venus.
Ils m’ont touché, manipulé et d’une bonne claque sur la cuisse, ils m’ont poussé vers le fond.
Les pattes tremblantes je me dirige vers ce couloir de la mort où sont passés tant de mes frères.
Je suis un veau et j’ai été conçu pour ça.
“Abattoir”

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Un magnifique texte écrit par Safia Mouheb.
Retrouvez Safia Mouheb sur facebook : Les mots pour gai rire

J'ai découvert ce texte de Safia au sein d'une formation, que je suis également, pour devenir écrivain. Si vous aussi vous êtes intéressé(e) par l'écriture, que vous avez envie d'en faire votre métier mais que vous ne savez pas comment vous y prendre, alors je vous conseille vivement cette formation :

 


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Information :

Quand les vaches sont séparées de leur petit, elles meuglent plusieurs jours durant dans l'espoir de les voir revenir. Et il en est de même des veaux qui, perdus, appellent longtemps leur mère. Si leur peine ne s'exprime pas par des larmes, ces vagissement sont le signe de leur détresse. Il serait temps maintenant, que les méthodes d'élevages évoluent vers des pratiques plus à l'écoute du bien-être des animaux. Il est utopique d'imaginer un monde sans élevage. Ce qu'il faut dans un premier temps c'est trouver des solutions pour améliorer la qualité de vie de ces animaux.

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